( 25 octobre, 2009 )

Tradition & Révélation

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Tradition & Révélation 

Dans le phénomène de progression globale de l’humanité, deux moteurs principaux jouent un rôle fondamental : 

- Les forces conservatrices qui tendent à préserver l’acquis, maintenant un état donné de structuration sociale ou autre; 

- Les forces innovatrices, traduction de l’essentielle instabilité des forces et pulsions vitales. 

Le phénomène religieux et, plus particulièrement, le domaine théologique, ne sauraient faire exception à cette règle. 

Il existe DONC des « gestionnaires de Dieu » et des « pionniers du surnaturel ». 

Les premiers se situent sous la bannière de la Tradition, et les seconds sous celle de la Révélation. 

  

La Tradition 

Qu’est-ce que la Tradition (universelle ou non), sinon ce que nous apportent les siècles passés, l’expérience et les connaissances des générations précédentes ? 

Le simple bon sens devrait nous aider à comprendre que ce qui était bénéfique pour l’homme des cavernes, ou pour les chrétiens des premiers siècles, ou pour les catholiques du Moyen-Âge, etc. ne l’est pas forcément pour l’homme civilisé que nous sommes, volontairement ou non, devenus. 

Cette recherche de la Tradition à tout prix, orientée et canalisée en véritable système de pensée, aboutit, si l’on n’y prend garde, à un conservatisme effréné. 

C’est faire fi du caractère évolutif de l’espèce humaine qui reste, avant tout, un être vivant. 

Cet être vivant est plongé dans un milieu planétaire, également vivant, qui réagit, lui aussi, suivant son propre équilibre existentiel ; l’être humain ne peut donc faire n’importe quoi, n’importe comment et n’importe quand selon son seul « bon plaisir ».  La bannière de la Tradition ne peut donc apporter de solution universelle à nos problèmes; continuons donc notre réflexion en abordant le second terme de notre étude : la Révélation. 

La Révélation 

Contrairement à la Tradition, la Révélation fait donc intervenir la dimension verticale de l’homme. 

Il peut être intéressant de noter que l’étymologie relie le mot Révélation à la racine latine « velum » qui signifie voile. 

Ainsi en est-il justement des vérités de nature divine que nous ne pouvons saisir, appréhender, que recouvertes du voile de l’analogie, de la comparaison, du récit parabolique, etc. 

Prodigieuse pédagogie des plans supérieurs, où Dieu se révèle, c’est-à-dire se re-voile, pour mieux dé-voiler Ses Mystères et les rendre sensibles à nous, pauvres humains incarnés. 

Dans notre Tradition culturelle occidentale, le Livre qui traduit le mieux ce phénomène de Révélation est, bien sûr, la Bible, véritable suite ininterrompue de « Paroles du Seigneur » : 

- Dans l’Ancien Testament, Dieu ou Son Messager direct ( YHWH pour mieux respecter l’écriture hébraïque) descend enseigner les hommes. 

- Dans l’Apocalypse, c’est un homme qui est ravi en Esprit, c’est-à-dire élevé vers Dieu, pour recevoir le Message.  - Enfin, dans les Évangiles, Dieu est Présent parmi les hommes en la Personne du Verbe incarné en Jésus-Christ. 

Quel impact réel ces textes ont-ils encore sur ce qu’il est convenu d’appeler notre culture occidentale ? 

Les textes sacrés 

Devant ceux-ci, nos contemporains semblent se répartir entre trois classes principales de comportement : 

- Le mépris le plus complet des matérialistes et dialecticiens de tous bords pour ces « bon-dieuseries d’un autre âge »; 

- Le respect le plus « littéraliste » de ceux qui les prennent « au pied de la lettre »… et alors se pose le problème (insoluble) de la qualité des sources; 

- Un certain respect, voire une admiration marquée, pour l’aspect culturel et poétique, mais une incompréhension du contenu profond. 

Aucune de ces trois classes ne rend vraiment justice à une qualité essentielle de ces textes : la possibilité de ressusciter, à travers le tombeau de la Lettre, la Force de l’Esprit dans le Cœur même du lecteur, qui agit, en somme, comme son propre « Révélateur » ! Il devient alors l’acteur principal de la Révélation permanente exprimée à travers ces textes. 

Contrairement aux affirmations, peut-être un peu rapides, de certaines administrations sacerdotales en mal de pouvoir sur les âmes, nous affirmons que la Révélation Divine ne fut pas définitivement close lors de la mort du dernier Apôtre. Et notre faiblesse humaine est bien capable, par l’action du Saint-Esprit, évidemment, d’obtenir, en somme, un « supplément d’information personnel » qui nous permette de faire nôtre la substantifique moelle du Message Évangélique. 

A cette fin, trois exercices fondamentaux sont indispensables à tout progrès spirituel : la lecture des textes sacrés, leur méditation et la réflexion personnelle.  Il s’agit d’un processus du métabolisme de l’âme qui permet de transformer les acquisitions formelles que constituent les connaissances des Écritures en réalités spirituelles porteuses de Vie. 

Car c’est bien de celà qu’il s’agit : transmuer une vie quotidienne souvent décevante dans sa répétition, en une véritable Aventure, au sens que les auteurs médiévaux de la Queste du Graal donnaient à ce terme, où chaque action prend sens et devient signe… 

 » … Et le Verbe est devenu chair, et Il a habité parmi nous… «  

L’une des conséquences de cette affirmation, véritable fondement de la vie chrétienne, est que Jésus-Christ ne laissa aucun écrit, qu’il n’a enseigné que par la Parole… … … et par l’Action! Second terme que l’on oublie trop souvent dans le sens du terme Verbe. 

A nous donc de retrouver, à notre niveau, à notre mesure, ce sens de l’acte juste et de la parole porteuse de vie. A ce signe, nous saurons que notre témoignage est authentique et qu’il se situe dans la droite ligne de Celui qui reste, avant tout, la Voie, la Vérité et la Vie.  Dans ce domaine, nous ne saurions trop prévenir le lecteur du danger redoutable qui semble se faire jour dans nombre d’ouvrages traitant du problème épineux des évangiles dits « apocryphes ». Ces auteurs semblent sous-entendre que la substantifique moelle initiatique du message christique ne peut se trouver QUE dans ces évangiles-là, les canoniques étant ramenés au niveau de simples ouvrages de « propagande », véritables outils de manipulation pour mieux dominer l’ensemble du monde. 

On peut être troublé devant de tels arguments, surtout lorsqu’ils interviennent dans des chaînes de raisonnement assez fines, qui tendent à susciter en nous un certain vertige fort agréable : celui d’appartenir « au petit nombre qui sait ». Mais si nous écoutons la voix du « bon sens », nous devrions nous poser tout simplement LA question qui est au cœur de ce problème: 

Pourquoi Jésus-Christ est-il donc venu sur cette Terre ? 

La réponse à la mode actuelle semble être: « Fonder une dynastie royale par filiation sanguine », réponse un tant soit peu limitée, datant d’une autre époque, d’une autre économie que celle du Dieu Vivant se donnant en nourriture matérielle et spirituelle à Ses disciples. 

En effet, il faut bien se souvenir que l’un des points essentiels de la mission du Christ sur cette Terre fut de faire passer le monde, judaïque d’abord, terrestre ensuite, de la tutelle de l’Ancienne Alliance à celle de la Nouvelle Alliance. 

La première était fondée sur le respect scrupuleux d’une loi détaillée, imposée du dehors, et sur des signes et des sacrifices matériels ; la seconde est fondée sur l’obéissance à la seule loi du cœur, délibérée et volontaire. 

En fait, lors de telles opérations de Révélation, les problèmes qui se posent ne sauraient procéder du Ciel et de son messager, mais bien plus de l’appropriation excessive qu’en fera la Terre : quel sera donc l’impact réel, à long terme, du message délivré ? 

Force nous est de constater que, quelle que soit la hauteur de sa source, la connaissance dégénère lentement lorsqu’elle est immergée dans le temps, lorsqu’elle est confiée à des règlements et institutions humaines. 

D’où la nécessité de régénérer continuellement la pureté du message, de ressourcer la Tradition humaine à la lumière d’une nouvelle Révélation, suivant des modalités et des temps fixés par la Divine Providence. 

Cela peut-être une simple piqûre de rappel, comme les interventions des prophètes de l’Ancien Testament, qui répètent le message initial, délivré par Moïse, et confirment les promesses faites à Abraham. 

Cela peut aller, aussi, jusqu’à une véritable greffe d’un arbre aux fruits nouveaux sur le tronc de l’ancienne Alliance, comme pour l’incarnation du Christ en Jésus.  Cela peut, aussi, n’être qu’une simple aimantation préalable, pour la réalisation d’une mission ultérieure de plus grande envergure, comme pour la Table Ronde du Roi Arthur. 

Cela peut, enfin, rester une opération totalement discrète, connue d’un tout petit groupe, mais aux conséquences collectives importantes, comme cela se produit régulièrement sans qu’il soit besoin d’en connaître les acteurs. 

Le sens de la mission 

Dans un très proche avenir, l’humanité va devoir prendre une déchirante décision pour continuer son cheminement. 

Combien vont rester sur place, perdus dans les rêveries glorieuses de la progression antérieure, combien vont s’installer confortablement, combien vont rebrousser chemin ? 

Une partie du groupe suit enfin les directives, se décide au dépouillement préconisé et continue la progression. Bien entendu, ils vont trouver, plus loin, les signes indiscutables de l’exactitude de leur cheminement ; mais comment les faire partager à ceux qui sont restés en arrière, et qui, pour cette raison, sont contraints de « croire sans voir «  ? 

Ainsi va le monde ; à chaque changement de terrain, à chaque changement de mode de progression, une mutation doit se produire pour mieux s’adapter aux nouvelles conditions de progression. 

Et qu’adviendra-t-il des petits groupes disséminés le long du chemin ? 

A priori, nul être humain n’est exclu du rachat. 

Mais, avant ce « Point Oméga » de l’aventure adamique, combien de fois l’infusion spirituelle devra-t-elle être renouvelée, pour lutter contre la sclérose inévitable de la Tradition humaine ? 

Combien de fois l’humus des âmes humaines devra-t-il être ensemencé par l’effusion divine, pour donner les « bons fruits » auxquels on reconnaîtra les « bons arbres » ? 

En fin de compte, les deux courants apparemment opposés de la Tradition et de la Révélation semblent donc tout à fait complémentaires et, même, indispensables l’un à l’autre. 

C’est à l’intersection de ces deux lignes de force, convenablement équilibrées, que peut se produire « le Grand Œuvre ». Nous retrouvons ici le symbole irremplaçable de la « croix égale et juste » : de la conjonction de la ligne horizontale (Tradition humaine ou Voie Humide en symbolisme alchimique), et de la ligne verticale (Révélation Divine ou Voie Sèche), naît le point central, véritable creuset alchimique où peut se manifester la Volonté Divine. 

La conception de Jésus-Christ en est la parfaite illustration. Il fallait que la lignée judaïque de David (Tradition humaine) se mette à l’entière disposition de la Volonté Divine en la personne de Marie, pour que puisse se manifester le Miracle de la conception virginale de Jésus. 

Tout est possible et accessible au genre humain dans ces conditions tout à fait exceptionnelles ; la Tradition humaine, inséminée et régénérée par l’Esprit, est alors capable de bousculer ses propres acquis, de les transcender, de les transposer à l’octave supérieure. 

Mais attention, ces conditions ne sauraient être permanentes. Passé le court instant véritablement miraculeux, la conjonction de toutes les énergies nécessaires ne peut être renouvelée instantanément. Les différents cycles universels des plans de la Création nous entraînent alors à attendre un autre instant favorable. 

En somme, Dieu attend, apparemment, fort peu de choses de Sa créature : être disponible et de bonne volonté au moment voulu ; le Moment où passe le Graal ! 

“Fais, Seigneur, nous T’en prions, que nous ne soyons ni endormi dans le confort matériel excessif comme Lancelot du Lac, le meilleur Chevalier du Monde, ni timoré et hésitant comme Perceval le Gallois, lorsque sonnera pour nous l’Instant Sublime de la Révélation divine”

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